Le Québec s'endette au rythme de 19 millions $ par jour.

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Vaut mieux en rire!

Les Hells ne devraient pas s’installer à Québec. C’est le territoire des libéraux. --- Michel Beaudry

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30 décembre, 2015

La réflexion du jour

Les fédéralistes sont parfois insultants mais la gauche nationaliste est davantage animée par la rage, surtout quand on ne célèbre pas ses intérêts particuliers. Il n’est pas étonnant que, grâce à elle, le débat public soit invarialement agressif et stérile. Prisonnière de son confort comme de ses erreurs, elle nous divertit en cherchant des coupables ailleurs qu'en elle-même; il ne faut pas s’en formaliser outre mesure : c’est ce que font les enfants gatés et les immatures.--- Michel Hébert

28 décembre, 2015

La réflexion du jour

Selon d’autres estimations (Mougeot, 1999), le coût par unité standardisée de traitement dans un hôpital public s’inscrirait à 50 % au-dessus de sa contrepartie privée à but lucratif. Ce qui infirme par l’expérience le préjugé facile selon lequel il est moralement condamnable de faire de l’argent à traiter des malades.--- Jean-Luc Migué

24 décembre, 2015

Joyeux Noël et bonne année 2016

La réflexion du jour

La vérité, c’est que le jeu naturel de la concurrence serait de nature à aligner tous les États sur le mieux disant fiscal, c’est-à-dire sur la fiscalité la plus légère possible : tous Irlandais. Mais alors comment financer les généreuses dépenses publiques inscrites dans des budgets déficitaires ? Les États tiennent à demeurer Providence pour leurs clientèles et Enfer pour les contribuables.--- Jacques Garello

23 décembre, 2015

Y a-t-il des élus préoccupés par l’intérêt général ?

Y a-t-il des élus préoccupés par l'intérêt général


Par Nathalie MP


Terrible révélation, ce week-end : je suis une « jouvencelle effarouchée » (page 8). À mon âge, c’est dramatique. J’ai consacré la matinée d’hier à la lecture du livre de Copeau, Les rentiers de la gloire, qui, d’après son expérience directe, nous propose une anthropologie sombre et désabusée des élus assortie d’une galerie de cinq portraits, tous plus têtes à claques les uns que les autres. Lecture synthétique (excellent point) et passionnante, que je recommande, autant le dire tout de suite, à tous ceux qui s’interrogent sur la seule question qui vaille en politique, celle de la place de l’État. Et lecture amusante pour moi, car de page en page j’ai eu comme l’impression de me faire taper sur les doigts par le professeur Copeau pour mon penchant infantile à croire les « fariboles » sur « le courage, la ténacité, le dévouement » des élus (page 40).

CopeauIl se trouve qu’il y a quelques mois, entre les deux tours des élections départementales de mars 2015, j’ai écrit un article intitulé « Faire de la Politique : le difficile combat du dévouement contre la tentation des manquements ». Il s’agissait certes pour moi de mettre en évidence le fait, exemples à l’appui, que les élus sont trop facilement tentés d’œuvrer d’abord à leur conservation dans le champ politique, ce qui engendre inévitablement manquements, indélicatesses et prime à l’incompétence. Il s’agissait deuxièmement de voir que les électeurs, qui se plaignent beaucoup de la médiocrité des hommes politiques, ne sont pas exempts de tous reproches en ce domaine en exigeant d’eux des « actions » plus apparentes qu’utiles, telles qu’inaugurations répétées de salles de sport et de crèches, déclarations lyriques sur l’avenir radieux de la commune qui passe immanquablement par des « dépenses d’investissements » et participations à mille comités aussi ronflants dans leurs intitulés que peu efficaces.
Mais il s’agissait aussi de reconnaître qu’il pouvait exister des hommes politiques désintéressés et sincèrement préoccupés du bien commun, proposition totalement écartée par Copeau :
« Et même s’il y a – comme partout ! – quelques brebis galeuses sinon gâteuses, l’écrasante majorité des élus ferait son job dans un altruisme de tous les instants (…)
Cette parabole n’est pas sans charme. Elle a toutefois un petit défaut, elle est parfaitement fausse. » (page 40)
Pour ce versant positif de mon article, j’avais en tête deux élus de ma commune, surtout un, que je ne peux absolument pas assimiler à l’un des cinq phénomènes décrits par Copeau. L’explication tient peut-être à la modestie du rang occupé par mon ami et à son éloignement complet des parcours habituels du pouvoir, sciences po et assimilés. Peu importe, car je viens d’utiliser l’expression sur l’ambiguïté de laquelle réside mon erreur et tout le malentendu : le bien commun aussi appelé l’intérêt général.
Comment définir l’intérêt général, dont nos hommes politiques et les nombreux fonctionnaires qui les assistent se targuent de s’occuper pour nous h 24 ? Lorsqu’on interroge les élus, ils répondent qu’ils travaillent pour le bien de tous, qu’ils mettent en place des services (piscines) et des politiques (aides aux agriculteurs, ou aux seniors, ou aux chômeurs) qui vont profiter à tous, mais ils n’expliquent jamais comment ce bien de tous, ce profit de tous est déterminé. Et pour cause, car c’est impossible. C’est ainsi que débute le pamphlet de Copeau. S’il y a un minimum de pages à lire absolument dans son livre, ce sont bien les pages 13 à 24 intitulées « La volonté générale, un viol honteux génial » qui démontrent efficacement que l’intérêt général n’existe pas, sauf pour justifier l’intervention politique. Cette dernière ne peut en aucun cas se faire au nom de tous, au mieux au nom d’une majorité, et presque toujours au nom d’intérêts particuliers. Pourquoi cela ?
Copeau commence par évoquer « le contrat social » de Rousseau (1712-1778), contrat que personne n’a jamais vu, encore moins signé. Selon le philosophe, les hommes ne forment pas une unité, il convient donc qu’un pouvoir supérieur, l’État, en construise une pour donner corps à son action. Cette unité va s’appeler la société. Selon cette optique, le contrat social consiste à placer la volonté individuelle sous la coupe de la volonté générale de la société, laquelle est déterminée sans égard pour les volontés individuelles des hommes.
Il est intéressant de constater que pour Condorcet en 1785, puis, de façon mathématiquement plus développée, pour Kenneth Arrow au milieu du XXème siècle, les hommes ne forment pas non plus une unité. Mais pour eux, la conséquence de ce constat ne consiste pas à en créer une de toutes pièces, mais plutôt à prendre acte d’une impossibilité de fonder un choix collectif à partir des préférences individuelles. Le Théorème d’impossibilité d’Arrow s’énonce ainsi :
« Il n’existe pas de fonction de choix social (un système de vote) qui puisse convertir des préférences individuelles en une décision agrégée cohérente, hormis dans le cas où la fonction de choix social coïncide avec les choix d’un seul individu (« dictateur »), indépendamment du reste de la population. »
L’économiste libéral Henri Lepage (dans Demain le capitalisme, 1978) fait remarquer à juste titre que si ce théorème renforce les thèses libérales en montrant que les idéologies « étatisantes » sont des usurpations d’une volonté générale imaginaire, il peut aussi être perçu à l’inverse comme légitimant la nécessité « d’une élite particulière détentrice de l’intérêt général ». Cette interprétation paresseuse du théorème d’Arrow tend ainsi à nous faire croire que nos hommes politiques agissent pour nous dans l’intérêt général. Or dans la vie politique ordinaire, c’est bien l’opinion qui prévaut alors qu’elle est matériellement fausse.
Voilà, Kenneth Arrow nous le confirme, l’intérêt général est une « faribole ». Pour en revenir à mes deux exemples d’élus « sincèrement préoccupés par le bien commun », on peut seulement leur attribuer l’aveuglement ou l’ingénuité dont parlait Milton Friedman dans La liberté du choix, cité par Copeau page 16 :
« Les individus dont la seule intention est de favoriser l’intérêt général sont amenés par la main invisible politique à promouvoir un intérêt particulier qu’ils n’avaient pas l’intention de favoriser. »
Copeau peut maintenant replacer l’action politique dans son marché naturel, celui de l’élection et de la réélection. Les votes des électeurs sont échangés contre des promesses d’intervention publique en leur faveur de la part des élus. Le tableau est assez peu flatteur :
« Les électeurs sont des junkies en manque de faveurs et de privilèges, et les politiciens sont leurs dealers. Eux cherchent le pouvoir et l’argent. » (page 20)
Il en résulte directement que les politiciens, s’ils tiennent à leur poste, doivent participer à cette compétition pour le pouvoir, c’est-à-dire se faire démagogues vis-à-vis des électeurs. Dans ce contexte, leurs décisions n’ont nullement pour objet d’être efficaces mais de leur rapporter des voix. L’idéal démocratique, défini par Abraham Lincoln (1809-1865) comme étant « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » est hélas assez loin de leurs préoccupations et conduit Copeau à proposer une définition plus terre à terre de la démocratie :
« La démocratie est une croyance pathétique en la sagesse collective de l’ignorance individuelle. » (page 21)
Finalement, nos élus ne sont pas nos représentants, ils sont avant toute chose les représentants de l’État. Or, comme le fait remarquer Copeau page 24, l’État ne résulte d’aucun contrat social, mais de l’appropriation un beau matin d’un territoire par un groupe d’hommes suffisamment armés pour s’imposer aux autres hommes présents. Si avec le temps, la symbolique de l’État acquiert dorures et lambris, si avec le temps, l’État en question acquiert la reconnaissance du concert des nations, sa constitution initiale est violente, fruit de la prédation, certainement pas de la volonté générale. Et les hommes politiques d’aujourd’hui en sont les héritiers.
Copeau poursuit son réquisitoire en décrivant comment la prédation de l’État et le mythe de l’intérêt général poussent les hommes politiques dans des comportements mégalomaniaques exacerbés par la flagornerie de leur entourage, et d’où sont résolument absentes des qualités telles que vision à long terme, désintéressement, fiabilité ou bienveillance. Dans la deuxième partie, il incarne l’analyse de la première partie dans cinq « caractères » politiques typiques des élus qui nous gouvernent. Mais, m’objecterez-vous, des fous furieux, imbus d’eux-mêmes, on en trouve dans tous les milieux. Certes, sauf que le club des cinq férocement croqué dans Les rentiers de la gloire a une particularité unique : la rente qu’il s’octroie est payée par notre argent d’aujourd’hui et de demain à travers notre soumission obligatoire à l’impôt et à la dette publique.
À l’issue de ce constat désabusé, une fois le livre refermé et l’évident malaise qu’il soulève dissipé, il reste une question cruciale, une question de « jouvencelle », non pas effarouchée, mais toujours optimiste : que faire pour sortir de l’illusion politique dans laquelle nous vivons et qui fait régner quelques intérêts particuliers sur le sort de tous ? Une première solution consisterait à apporter des modifications à la règle du jeu en faisant en sorte qu’il n’y ait plus de rente possible pour les élus. Je pense à tout ce qui relève du non-cumul et de la limitation des mandats. Je pense aux salaires et indemnités des élus. Je pense aux diverses immunités dont ils jouissent.
Cependant, comme je le disais dans mon précédent article à propos d’événements récents, l’État n’est pas notre ami. Compte tenu de la méformation fondamentale initiale de l’État, il me semble donc plus important encore d’en limiter la surface, afin de revenir à un État qui n’aurait d’autres missions que celle de défendre les droits naturels des hommes. Dans ces conditions, le marché de l’action politique pourrait perdre beaucoup de son attraction et limiter au strict nécessaire les vocations politiques dédiées aux activités régaliennes de l’État.

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La réflexion du jour

Le processus de négociations hypercentralisé, à mille lieues des réalités vécues dans les milieux de travail, engendre non pas l'équité, mais l'uniformisation : tout gain obtenu par un groupe est instantanément revendiqué par l'ensemble. Toute concession devient un précédent aux proportions gigantesques. Jamais ne tient-on compte des facteurs locaux (taille de l'établissement, coût de la vie, prix de l'immobilier, besoins des usagers, etc.).--- Lysiane Gagnon

22 décembre, 2015

La réflexion du jour

D’ailleurs, les syndicats du secteur privé se sont disciplinés. Ils ont compris qu’un syndicalisme trop radical peut faire fermer l’entreprise, entraînant la perte des emplois. Dans le secteur public, on s’en permet puisque la pompe à fric est directement connectée sur le portefeuille du contribuable...--- Mario Dumont

21 décembre, 2015

L’argent dans le monde

Il n’est pas facile de visualiser les volumes d’argent qui circulent dans le monde.
The Money Project a représenté graphiquement les différents volumes d’argent associés aux différentes transactions monétaires. Notez les volumes relativement insignifiants des fortunes de Warren Buffett et de Bill Gates et le mastodonte représentant les « Derivatives ».





La réflexion du jour

La «structurite» aiguë augmente la lourdeur de la bureaucratie et n'apporte jamais les économies escomptées. L'art de grossir la bureaucratie gouvernementale! Ce n'est pas nouveau. Ce n'est qu'une technique de diversion employée depuis des lustres. On donne l'illusion de se rapprocher du peuple.---Claude Bérubé

19 décembre, 2015

La réflexion du jour

On ne s’étonnera guère de la piètre performance des sociétés d’État. Leurs décisions s’inspirent le plus souvent de considérations politiques, c.-à-d. redistributives plutôt que commerciales. Elles ne combinent donc pas leur capital et leur travail de façon optimale et ne subissent pas d’incitation à offrir de bons services. Elles deviennent la plupart du temps des créateurs d’emplois factices plutôt que des créateurs de richesse et n’obtiennent donc pas le capital nécessaire.--- Jean-Luc Migué

18 décembre, 2015

Gestion de l’offre 101

Entrevue avec Youri Chassin, économiste et directeur de la recherche à l'IEDM, au sujet d'une publication sur les effets pervers de la gestion de l'offre. Diffusé le 23 juin 2015 sur les ondes du canal ARGENT, à l'émission "Questions d'argent". Cette courte video explique le fonctionnement de la gestion de l’offre (lait, oeufs, poulets) et pourquoi ce regime pénalise tous les Québécois, mais surout les plus pauvres.


La réflexion du jour

Comment Montréal, qui affirme vouloir devenir une « ville intelligente », peut-il tirer profit de l'internet des objets ? Le premier conseil de M. Ratti aux autorités municipales est simple : accumuler et rendre disponibles le plus de données possibles.

 « Ensuite, il faut laisser les gens développer de nouvelles applications et les laisser expérimenter », a dit M. Ratti à La Presse en marge de la conférence.

  Il donne l'exemple d'Uber, un service qui, selon lui, ne doit pas être freiné. « Le rôle des politiciens est d'autoriser ce genre de service, puis de gérer la transition », croit-il.---Philippe Mercure

17 décembre, 2015

La réflexion du jour

Grand-mère, grand-père et la grande masse des petites gens sont toujours les premières victimes de la vertu.--- Michel Hébert

16 décembre, 2015

Qui comprend l'économie ?

Par Romain TREFFEL

Croissance structurelle ? Désinflation compétitive ? Opérations principales de refinancement ? Anticipations rationnelles ? Adaptatives ? Merci Wikipédia ! Quoique... L'économie regorge de concepts à la sonorité technique dont le sens se fixe dans l'esprit comme le sable sur les doigts. De manière croissante, elle use et abuse des mathématiques, à faire pâlir de jalousie la Kabbale. Discipline reine de notre temps, elle est donc paradoxalement fort peu démocratique. Elle a passé la grande majorité des citoyens par-dessus bord, n'étant dès lors plus accessible qu'à une bienheureuse minorité initiée dans de prestigieuses institutions. De surcroît, les privilégiés appartenant à cette minorité croient comprendre, ou feignent souvent de comprendre plus qu'ils ne comprennent réellement, ainsi que l'avance Jacques Sapir fustigeant "le HEC" (1). Celui-ci ferait de l'économie la tête dans le guidon, en en appliquant les concepts conventionnels avec toute l'assurance, tout le confort moral et métaphysique de l'orthodoxie. Si lui non plus, lui qui nous éblouit par sa virtuosité théorique et sa souplesse économétrique, ne comprend pas vraiment, alors qui reste-t-il? Probablement pas grand monde... 

Le discours économique: une forteresse symbolique

Dans les démocraties occidentales, indéniablement, le destin collectif est mené à l'aune d'un savoir et de critères dont la population n'a pas (ou plus) la pleine maîtrise. A la télévision, à la radio, dans les journaux, sur Internet, les hommes politiques comme les journalistes dissertent sur des questions économiques à l'aide de concepts et de références invariablement puisés dans le même fonds, un puits ésotérique auquel la parole s'abreuve pour transmuter le langage en un autre langage, et bâtir, certes inconsciemment, une forteresse symbolique séparant les adeptes des exclus. L'adepte brandit le concept économique tel un brevet d'intelligence, mais il s'en sert aussi comme d'une échelle, pour se hisser au-dessus du sens commun, après quoi, parvenu à sa cime embrumée, il donne un grand et fier coup dans l'échelle.

La distance culturelle ainsi instaurée prive non seulement l'exclu de toute capacité critique à l'égard du discours de l'adepte. Elle permet surtout à celui-ci de s'épargner la rigueur du raisonnement et la concrétude des faits, pour se consacrer tout entier au seul charme de sa rhétorique. L'altitude conceptuelle qui le sépare de son public n'est pas tellement différente de celle qui séparait naguère l'homme qui comprenait le latin de celui qui ne le comprenait pas. Les citoyens n'ont étonnamment pas reçu pendant leurs parcours scolaires, comme ils pourraient s'y attendre, le socle des connaissances nécessaires à une participation plus éclairée au débat public. De l'école primaire au lycée, nul cours du tronc commun ne leur donne pleinement les moyens de dissiper la brume qui entoure les notions économiques, si bien qu'ils se font de la matière une humble conception; ils la mettent sur un piédestal, celui de l'intelligence et de la technique, de la science et de l'expertise.

Économie= science et politique= économie, donc politique= science

Dans son costume faisant fonction de blouse blanche, l'économiste passe en effet pour un expert dont la légitimité repose sur un savoir scientifique spécialisé. Sanctionnée par un diplôme et raffermie par une expérience professionnelle (idéalement dans une banque), sa compétence lui confère une position d'autorité et enveloppe son discours d'un halo magique protecteur. Tout l'arsenal symbolique voué à asseoir sa vocation de scientifique réussit ainsi à occulter l'absence de consensus sur la scientificité revendiquée de l'économie -y compris, et surtout, au sein même de la profession. Or, si le débat agite aussi les premiers concernés, c'est bien que la question est pertinente, et sa réponse cruciale du point de vue de l'intérêt collectif.

Effectivement, dénier à l'économie la qualité de science, c'est retirer aux critères principaux de la décision politique leur caution d'objectivité; c'est affirmer l'existence, derrière toute option économique, d'un choix politique forcément subjectif, en tant qu'émanation d'une philosophie sous-jacente. Autrement dit, comprendre la véritable nature de l'économie, cela serait comprendre, pour le citoyen, qu'il ne faut pas se laisser impressionner par les artifices de la discipline, qu'il ne faut pas tolérer cette confiscation du débat public; que l'arbitrage politique est en dernière instance incontournable, avec ses gagnants et ses perdants. L'économie a certainement des choses intéressantes à dire, mais il n'est pas acceptable dans une démocratie qu'elle les dise en entretenant la confusion de la science et de l'opinion. Elle apporte pour sûr un éclairage original sur des thèmes où l'ambiguïté peut condamner à l'indécidabilité, mais cet éclairage n'est ni le seul, ni forcément le bon voire le meilleur.

Une science, l'économie?

Il existe à la vérité de bonnes raisons de ne pas ranger l'économie parmi les sciences. Évoquons-les brièvement sans entrer dans les controverses liées à la définition de la science. Il est tout d'abord possible de raisonner par l'absurde: si l'économie était bien une science, à l'instar des mathématiques ou de la physique, elle ne se tromperait pas si systématiquement dans ses prédictions (notamment à propos des crises); elle ne produirait pas de nouveaux résultats sans jamais invalider les précédents; elle ne s'appuierait pas sur des "expériences" qui ne peuvent être reproduites en raison ne serait-ce que de la variation, dans le temps et dans l'espace, des préférences des individus; elle ne laisserait pas s'épanouir la concurrence de différentes écoles défendant des lois contradictoires, voire incompatibles; si l'économie était bien une science, enfin, probablement porterait-elle moins de soin à se présenter comme telle.

Dans l'autre sens, maintenant, la revendication de la discipline s'appuie sur un argument principal : ses méthodes sont inspirées de celles des mathématiques et de la physique, ce qui en fait bien des méthodes scientifiques on ne peut plus fiables. Ainsi, calculer, dresser des hypothèses et des équations, récolter, tel un expérimentateur, de grandes quantités de données statistiques et les passer à la moulinette d'un algorithme, tout cela serait faire œuvre de science. L'économiste peut bien se prendre pour un physicien en imitant sa démarche et en recyclant ses lois, il demeure cependant que son objet d'étude n'est pas le même. Ce qui résiste à son ambition, c'est l'homme. Un atome, un métal, une planète, ça n'est pas tantôt rationnel, tantôt irrationnel (jusqu'à preuve du contraire), ça n'est pas mû par la passion, ça ne crée pas, ça n'est pas euphorique ou désespéré. Ce qui résiste à l'économie, c'est donc quelque chose comme l'âme, si tant est que cela existe.

De la discipline délestée de ses résultats contestables -ceux qu'elle peut défendre sans contestation grâce au statut dont elle jouit- d'elle il resterait alors certainement du bon et de l'utile, mais rien que ne puisse pas comprendre le citoyen. Pour le pamphlétaire libéral Frédéric Bastiat, l'apport fondamental de l'économie est de mettre en évidence "ce qui ne se voit pas". Certes, mais le problème est qu'on peut tout mettre derrière l'invisible, surtout l'inexistant.

1. "Les trous noirs de la science économique", Jacques Sapir.
Citation
Romain Treffel, « Qui comprend l'économie ? », analyse publiée sur « leconomiste.eu » le 06/04/2015. Anecdote économique extraite du recueil intitulé « 50 anecdotes économiques pour surprendre son auditoire ».


La réflexion du jour

On en vient à penser que nos élus gouvernent davantage pour épater la galerie, soigner leur image verte, préparer leurs prochaines carrières sur la scène internationale, que pour assurer la sécurité et les conditions qui amélioreront la qualité de vie de ses citoyens.--- Joanne Marcotte

15 décembre, 2015

La réflexion du jour

Le système étatique (ndlr système de santé canadien), sans concurrence, a donc engendré un système cher, de relativement piètre qualité, et avec des délais d’attente très supérieurs à la moyenne de l’OCDE pour tout le monde ! C’est l’égalité dans la médiocrité.--- Léopold Sax

14 décembre, 2015

Love Gov : episode 5

La série de vidéos Love Gov : From First Date to Mandate, produite par l’Independent Institute, contient 5 épisodes de 5 minutes chacune. Elle dramatise les problèmes découlant des politiques toujours plus interventionnistes des gouvernements.

La vie d’Alexis Smith est chamboulée lorsqu’elle tombe en amour avec Scott « Gov » Govinski. Malheureusement pour elle, elle choisit d’ignorer les appels répétés de son amie Libby, lui recommandant de ne pas se fier aux belles paroles de Gov. Lorsqu’elle découvre que Gov l’a admirablement berné, elle ne comprend pas pourquoi elle a été aussi naïve. Elle croule sous le poids de ses dettes étudiantes; elle n’a pas les moyens de se payer l’assurance médicale que Gov lui a proposée; elle n’a pas les moyens d’acheter la maison qui lui convient; la réglementation l’oblige à fermer son entreprise; etc.

Pour plus d’information : independent.org 


La réflexion du jour

Or, justement la société française (ndlr et la société québécoise) souffre avant tout de son État qui à force de croître à tort et à travers, à force d’intervenir pour un oui ou pour un non, empêche les autres institutions concurrentes de jouer leur rôle et les individus d’exprimer leurs choix, d’être en contrôle de leur vie.---Cécile Philippe

12 décembre, 2015

Lady George par Louise V. Labrecque



LADY GEORGE



Par Louise V. Labrecque

Il y a d’abord cette jeune personne, cette enfant, Aurore Sax, née à la fois de la noblesse et du peuple; et puis, il y a cette femme, en qui se retrouvent toutes les contradictions. C’est avant tout une sentimentale.  Elle n’aurait jamais dû se marier : ce fut un désastre.  Son mari, Casimir Dudevant, était complètement nul, grossier, despote. Qu’importe ! Plus tard, elle sera une intellectuelle, vivra à Paris, puis à sa merveilleuse maison de campagne, située à Nohant, tous les étés.  À partir de là, s’élabore  une étape importante, le début du tableau lyrique, l’histoire d’amour de sa vie, oui, car il y a Georges Sand, dont l’œuvre colossale, immense, célèbre, se passe de présentation, et … il y a autre chose; il y a plus. Lady George ne fait pas que cerner un cœur (et un sexe), somme toute évanescent, elle le situe  au milieu de toutes ses activités littéraires. C’est à la fois son drame et sa fantaisie; elle n’en sera point tiraillée car elle est devenue, assez rapidement, à la fois ce qu’elle est et ce qu’elle voulait devenir : une intellectuelle passionnée de lettres, de correspondances, de politique, et aussi, surtout, une amoureuse ardente, et une mère de famille bourgeoise, sans mari.  Et ce qui fait qu’elle ne se perdra pas, c’est justement cet esprit passionné, doublé d’une dualité toute personnelle, originale, jusque que dans son rapport à la sexualité, au sexe, comme en fait foi son prénom d’emrunt masculin. Ainsi, et ce fait n’est pas banal, ce ne fut pas seulement une femme simplement en avance sur son temps dans la vie, dans la littérature et les arts, mais aussi, et surtout, au lit.  De ce fait, son rapport à l’intime est  bouleversant,  surtout considérant que l’on parle d’une femme vivant ses amours charnels autour des années 1837.

De tous ses amants, plusieurs ont été célèbres,  avant la lettre, et d’autres sont encore à découvrir, tellement le nombre est important; parmi ceux-ci, Michel de Bourges, à qui elle écrira : « tu n’es pas capable de comprendre pourquoi, comment, et combien, je t’aime » ! Est-ce là  la clé afin de résoudre sa psyché masculine/féminine ? De toutes ses qualités psychiques, en effet, il y a ce regard particulier de la femme, porter par une femme,  sur un monde ayant à la fois des modalités féminines et masculines.  Sont-ils à ce point différents, et/ou complémentaires, irrésistibles, considérant que la psyché, justement, au-delà du sexe biologique, se situe dans le jeu subtil des perceptions, tel un couple analytique ? Ainsi, en avance sur son temps, Lady George divorça,  somme toute assez rapidement, de son mari odieux, et pris pour amant l’avocat l’ayant défendue dans cette cause, Michel de Bourges, dont elle tomba amoureuse ardemment,  inéluctablement. Avec lui, elle partira  à la découverte de sensations puissantes qui laisseront un écho persistant, dans le plein plaisir sexuel lui-même, certes, mais également dans le genre d’attente sauvage et exalté  qu’il suscitera, comme si toutes ses pensées et impressions se liaient, d’un coup, à sa nature délicate, raffinée, exquise, féminine, pour enfin triompher de ce moi masculin, tout d’un bloc. Elle fera violence à sa fierté, avec lui, en même temps qu’elle couvera d’autres amours, afin de ne pas se briser complètement. Il y a chez cet amant-là quelque chose d’intéressant à observer, afin de comprendre les profondeurs de la quête sexuelle de Georges Sand. « Il n’était pas comme les autres », écrira t’elle, et il arriva à un moment de sa vie où elle était particulièrement vulnérable. Avec lui, elle perdit ses repères, et bien malgré elle, s’abandonna, avec tout ce que ce mot veut dire.  Ainsi, lucide, elle avouera « ce n’est pas à cause de l’amour que tu as eu pour moi que je t’ai aimé. Combien d’autres en ont eu davantage qui ne m’ont pas fait seulement lever les yeux au-dessus de mes livres! »  Ainsi, elle fera plus que céder à ce beau parleur, lui disant finalement franchement, telle une évidence somme toute plutôt banale : « je t’ai aimé parce que tu me plais! »  Ainsi demeurera-t’elle toute sa vie : vierge par l’intelligence, la véritable intelligence; celle capable de candeur, celle capable de génie. Et, comme en fait foi cette confidence, à cet amant initiateur: « S’il suffisait de se savoir aimée pour rendre la pareille, et si avec la conviction d’être aimée fort peu, on acquérait tout d’un coup la force de se vaincre et d’oublier, il est certain que j’aimerais d’autres que toi, il est certain que je ne t’aimerais plus. »  Et à partir de là, cette prise de conscience sonna un véritable réveil, effectivement. Ainsi, George Sand passa à autre chose, et alla voir ailleurs si elle y était; et pas qu’un peu.  Après tant de soumissions dans le plaisir, après cette déchéance pulsionnelle, elle revisite enfin ses réelles émotions ; elle se mesure, de ce fait, à sa force, à ses pulsions de vie, en somme de l’homme en elle, elle sait rapidement qu’il vaut également la femme.  Cet amant-là devient  ainsi la porte qui s’ouvre sur tous les autres, l’arbre qui cache la forêt, et vu comme ça, il demeure une conquête sur elle-même, une bagatelle d’abord, puis, guidée par ses fantaisies ardentes, « un analyste idéal », à la fois l’objet et le sujet; et à la fois, une façon d’être physiquement dans le monde.




Ainsi, rien ne la laisse indifférente; mais elle n’est pas un objet. Des hommes la désirent et elle  leur cède ; les évènements ne la bousculent pas, car elle sait maintenant les dominer. Par ailleurs, toute son œuvre est teintée de cet esprit rebelle : non seulement elle adopte et assume entièrement  le pseudonyme masculin de George Sand, (comme plusieurs femmes de plume le faisait à l’époque), mais elle, elle va plus loin : elle s’habille en homme, elle fréquente les milieux réservés aux hommes, et elle devient, de ce fait, l’auteure féminine dont les critiques parlent et écrivent au masculin.  Il n’est pas exagéré d’affirmer que Victor Hugo l’a sauvée, ainsi que des amis « hugolâtres », dont Jules Sandeau, de qui elle deviendra la maîtresse, et avec qui elle mènera la folle vie d’étudiant bohême, habillée en homme, et courant Paris, la nuit. Elle écrit même avec lui, signant « J.Sand », mais son génie personnel dépasse bien largement le talent de son collaborateur, lequel ne pourra souffrir plus longtemps cette situation , et ne tardera pas à la tromper avec une blanchisseuse. Elle deviendra, à partir de là, LA féministe, continuant non pas de se travestir en homme, mais de vivre pleinement sa vie, entièrement libre, insolente, brillante, joyeuse, et complètement libérée. Elle fera ainsi mouche, et suscitera la curiosité, l’enthousiasme, et plus tard le scandale, du tout Paris, et bientôt,  de toute l’Europe !  Voici un exemple (dont certains contestent la pérennité) de sa plume, lorsqu’elle s’érotise,   à l’égard de son amant le plus éperdu, le poète Alfred De Musset :

Je n’ai plus qu’une idée en tête,
n’en déplaise à tous ceux de
votre sexe, masculin et puissant,
qui m’intimident un peu quelquefois,
au point d’en rougir de honte et d’envie.
N’allez point par là douter de ma sincérité !
Quand je pense à tous ces jeux
de hasard à essayer avec vous et vos amis
interdits, usant de mon cul-
ot ou de ma grande agilité
qui en ravira plus d’un, sans parler de ma tenue,
Je sais que vous êtes prêt à partager et vous dirai la vérité
toute nue, car je sais que vous y tenez !


Son côté caché n’est pas dénué d’intérêt, ainsi nous découvrons que George Sand adore « les petits jeux » : relisez cette lettre en sautant une ligne, et vous comprendrez le double sens, sans équivoque. De ce côté amusant dans l’incroyable et importante correspondance entre ces deux-là, il y a de l’esprit, certes, mais également une énigme, dont je parlerai plus tard, dans un prochain article, plus touffu, et tout consacré à cette question. En effet, tout cela a de quoi laisser nostalgique. Par exemple, voyez cet autre acrostiche, inspirée cette fois de la plume d’Alfred de Musset, répondant à la lettre de cette dernière :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.


Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

Aussi, il n’est pas peu dire d’affirmer qu’il était mal vu pour une femme, à cette époque, d’avoir un amant plus jeune qu’elle, et pour éviter le qu’en dira-t’on, les amoureux utilisèrent cette technique, à quelques détails près.

De même, Frédéric Chopin, qui fut son également son amant, répondait lui-aussi, parfois, par énigme. Il faut savoir : dès la toute première rencontre, il y eut, un malaise, tandis que Franz Liszt donnait une soirée chez lui. Un homme petit, chétif, génial, aux traits doux, un peu féminins, et cette grande gaillarde, habillée en homme, fumant la pipe, le verbe haut, prenant beaucoup de place en société.  Une passion orageuse suivit, non sans s’être demandé l’un l’autre, Chopin d’abord à son hôte : « mais, est-ce bien une femme ? », puis cette dernière à une amie : « ce monsieur Chopin, est-ce une jeune fille ? » Ainsi, des années durant, cette relation sera vécue dans le plus prodigieux des secrets, prenant même des allures quelque peu « incestueuses », comme celle d’une mère avec son fils.  Complètement ébahis l’un par l’autre, admiratifs du talent incommensurable de chacun, ils ne tariront pas d’éloges, à cet effet, l’un sur l’autre. Georges Sand sera littéralement  subjuguée par le talent exceptionnel du musicien, tout autant que par sa fragilité. Ce dernier parviendra à reconnaître la vigueur d’esprit de sa chérie, le génie rayonnant de sa plume, son intelligence sans commune mesure, ainsi que son élan hautement créatif, grandiose, unique en son genre ! Il lui en faudra, néanmoins, du temps…. Trop peu, trop tard ? Quoi qu’il en soit,  Lady George caresse déjà d’autres rêves,  non sans une certaine tristesse, ni un certain désarroi.  C’est qu’elle aima très profondément Chopin, oui, comme tous les autres, mais avec lui elle aura la relation la plus longue, et peut-être la plus fusionnelle. Il n’avait pas la santé très solide, il avait besoin d’elle !  Elle en prit un soin jaloux, le protégeant de tout, et surtout de lui-même, du moins le pensait-elle. Et je suppose que ce fut bel et bien le cas, car de là, elle aura certes des ami(e)s, plusieurs,  avec qui elle entretiendra une correspondance assidue ;  elle sera invitée à gauche et à droite, aura à marier sa fille, puis son fils ; ainsi la vie va…. Aura-t-elle d’autres amants, oh oui, évidemment, et plusieurs ! Cela vous choque ? Imaginez un peu dans les années 1840 ! 


Certes, nous devinons ainsi aisément, combien, plus que toutes autres, George Sand souffrit des sévères jugements masculins à son égard, dont les plus infâmes furent retrouvés, dans un journal, en date du 8 décembre 1848 : « si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent littéraire original, comme madame Sand, on trouverait chez elle des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges ».  Voilà  qui a le mérite d’être clair, n’est-ce pas ? Et cet énoncé donne également le ton, à savoir combien il était risqué, pour une femme, au XIXième, de vivre aussi librement. Qui plus est, son genre, tant de manière symbolique qu’anatomique, ne coïncidait pas, justement, avec l’époque; c’est comme s’il y avait un hiatus quelque part, comme si ces dispositions bisexuelles rendait son rapport avec les hommes intéressant, certes, mais complexe, dans le mauvais sens du terme. Ainsi, développera t’elle « un complexe de masculinité » ,  peut-être pour pallier l’absence d’un père, mort trop tôt, dans la plus tendre enfance ? La question se pose; de la même manière, elle sera puissamment investie affectivement par deux femmes : sa mère et sa grand-mère, qui prendront soin d’elle, après ce départ subit de la très chère figure paternelle. Est-ce de là que vient son engagement féministe, ses contradictions les plus sombres et les plus sensibles,  sa rage d’écrire ? Il faut savoir que pour l’écriture, en effet, une femme, aux yeux des hommes « ne valait rien », et cela sans donner d’arguments plus convaincants, si ce n’est que le recours à la bêtise : « c’est un cliché », et autres amalgames tordus, comme si la vérité,  justement, faisait peur. Ainsi, que Lady George se soit accordée une liberté « hors normes » est révélateur, très certainement d’une forme de recherche, d’un air neuf à respirer, tout à la fois d’une critique sociale des femmes de son temps, du moins, sans trop s’en rendre compte elle-même. En effet, il est et sera, en même temps, toujours difficile de situer l’œuvre de Sand dans un rapport féministe; nous n’avons qu’à penser à ces figures de femmes soumises fleurissant son œuvre, à commencer par la petite fadette, dans le roman du même nom. Et n’est-ce pas là paradoxal, le fait de mettre ces femmes soumises en bonnes premières; n’est-ce pas regrettable, du moins questionnable, à  la lumière de la vie réelle de l’auteure ? En effet, ces femmes sont des modèles d’inaction, porteuses d’un message d’acceptation sociale de leur époque. Voilà ce qui manque, voilà le relief singulier de la vie littéraire,  dans l’œuvre de Sand : ambigüe jusque là. 

La réflexion du jour

Je ne crois pas non plus que les bureaucrates règlent les problèmes auxquels on leur dit de s’attaquer. S’ils le faisaient, au nombre qu’ils sont, nous n’aurions plus de problèmes.--- Benoît Aubin

11 décembre, 2015

Climat : j’accuse, de Christian Gérondeau

Le dernier essai de Christian Gérondeau conteste la responsabilité du CO2 dans le réchauffement climatique.


Le futur accord de la COP21, si tant est qu’il soit signé vendredi prochain, est une chimère éminemment coûteuse reposant sur une imposture. Christian Gérondeau en administre la preuve dans sonClimat : j’accuse, qui est un véritable réquisitoire contre les imposteurs du GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Cette dénomination française de la créature onusienne est d’ailleurs emblématique de cette imposture, puisque sa traduction en français trahit effrontément la signification de la dénomination officielle, en anglais, de cet organisme politique, Intergouvernmental panel on climate change, où il n’est nullement question d’experts…

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, Christian Gérondeau commence son livre par une information qui devrait faire réfléchir tous les humanistes en chambre et faire honte aux idéologues du climat qui poursuivent une chimère non pas, comme ils le croient ou le prétendent, pour sauver la planète mais pour la ruiner.
Près de la moitié de la population de la planète, trois milliards d’êtres humains, n’a pas accès à l’électricité. Ces êtres humains vivent dans des habitations où ils font leur cuisine « dans des foyers traditionnels alimentés par du charbon, du lignite, du bois, ou même des excréments d’origine animale. Ces foyers rudimentaires servent aussi  à chauffer et à éclairer les lieux si nécessaire » :

« Selon les enquêtes les plus récentes, rendues publiques en mars 2014, par l’OMS, 4.300.000 personnes meurent chaque année du fait de ces pratiques de « dirty cooking ». Il s’agit de la première cause de mortalité mondiale ».

Il est facile de démontrer que la croissance d’un pays va de pair avec sa consommation en électricité. Priver un pays de l’accès à l’électricité est le condamner indéfiniment à la misère. C’est pourtant ce qui est prémédité à Paris par les pays riches en interdisant aux pays pauvres de produire de l’électricité à partir des hydrocarbures, charbon, gaz naturel ou pétrole.
La chimère est en effet de croire, et l’imposture de faire croire, que l’on pourra fournir l’électricité nécessaire au développement de la planète en divisant par deux les émissions de CO2 d’ici 2040, et de les éliminer complètement d’ici la fin du siècle, ce qui permettrait, dit-on, de limiter le réchauffement à 2°C. Par quel miracle ? Celui des énergies renouvelables :
« Les énergies renouvelables pourraient répondre en 2050 à près de 80% des besoins de l’humanité. » (Rapport spécial, SRREN, du GIEC, publié en 2011, à Abu-Dhabi)

Cette affirmation est contredite par une autre créature onusienne, l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie, qui, dans son rapport annuel de 2014, prévoit que le pourcentage actuel de production d’énergie à partir d’hydrocarbures, 82%, passera à 80%, « à moins que les politiques novatrices, ambitieuses et incertaines soient mises en œuvre, ce qui le ramènerait à 74% ! ».
Il est donc illusoire de croire que la concentration de CO2 d’origine anthropique émise dans l’atmosphère va baisser. Ce sera même tout le contraire… Les énergies renouvelables sont en réalité une arnaque, qui, comme toutes les arnaques, peuvent duper les meilleurs esprits quand ils sont oublieux des préceptes de Descartes, ou intéressés à fermer les yeux.
Le GIEC ose affirmer que les énergies renouvelables seront, en 2050, aux trois quarts d’origine éolienne ou solaire, donc seront des énergies intermittentes. Il n’explique évidemment pas comment sera résolu le stockage de ces énergies produites, alors que, depuis 200 ans, la recherche scientifique n’y est pas parvenue.

Pourquoi cette divergence entre GIEC et AIE ?

D’une part, ces deux organismes onusiens sont très différents :
§  le GIEC est un organisme politique qui ne comprend aucun expert permanent : « les seuls effectifs permanents du GIEC se trouvent au sein d’un secrétariat de treize personnes, hébergé à Genève par l’Organisation météorologique mondiale »
§  l’AIE, basée à Paris, est un organisme incontesté dans son domaine et « emploie 260 spécialistes permanents de l’énergie »
D’autre part, le GIEC, organisme politique, fait dire aux experts, auxquels il demande des contributions, le contraire de ce qu’ils pensent. Son rapport spécial de 2011 comprend en effet :
§  un rapport illisible de 1544 pages, qui est basé sur 164 scénarios
§  un résumé technique de 178 pages, qui mentionne l’existence de ces 164 scénarios
§  un résumé à l’intention des décideurs, qui ne retient en fait qu’un seul scénario sur 164, les 163 autres servant d’alibi, le responsable de ce choix étant Sven Teske, dirigeant officiel de Greenpeace, payé par le lobby de l’industrie photovoltaïque…
§  un communiqué de presse, dont est extraite la phrase du rapport citée plus haut.

Christian Gérondeau démontre dans son livre que ce scénario est non seulement impossible, mais impossible à financer…
Les énergies fossiles sont-elles à bannir ? Non, car elles permettent de nourrir les hommes :
§  elles ont permis la mécanisation de l’agriculture, c’est-à-dire son développement
§  elles « sont à l’origine de la production d’engrais azotés qui permettent aux terres agricoles de supporter dorénavant des plantes aux rendements inimaginables il y a peu »
§  elles émettent du CO2 : « Plus la concentration dans l’atmosphère est forte, plus la végétation se développe, et s’agissant des rendements agricoles, plus ceux-ci augmentent. »

Certes, mais le CO2 n’est-il pas responsable du réchauffement ?
Pour ce qui concerne le réchauffement, l’imposture climatique est du même genre que l’énergétique. Le troisième rapport du GIEC, AR3, de 2001, est basé sur 253 scénarios et seul, à l’époque, et encore aujourd’hui, celui qui prédit à l’horizon 2100 un accroissement apocalyptique de 5.8°C est retenu, contre toute raison…
En réalité, en effet, « aucune preuve sérieuse n’existe en définitive de l’influence sur le climat des variations de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui reste marginale, puisqu’elle n’en représente que 4 pour 10000 ».

Tout cela est-il étonnant ? Non, finalement, parce que « le but poursuivi est politique, et n’a rien à voir avec l’environnement, encore moins avec la science ». Au nom d’une idéologie mortifère, on s’apprête à dépenser pour rien des billions de dollars… alors qu’il faudrait laisser ces moyens gigantesques à disposition des individus pour qu’ils livrent d’autres batailles, indispensables celles-là.

Certes, le J’accuse de Christian Gérondeau n’épargne pas le Pape François, la FAO ou la Banque mondiale, mais il m’a paru préférable, plutôt que de faire une recension exhaustive du livre, de mettre l’accent sur le processus de l’imposture énergétique qu’il révèle et qui illustre si bien ce que disait mon cher Montaigne, cité par l’auteur :

« Moins une chose est connue, plus on y croit avec ferveur »
Publication sur lesobservateurs.ch

§  Christian Gérondeau, Climat : j’accuse, Éditions du Toucan, 176 pages.